L’école publique de Laveyron

1- La première école 1851
L’école de Laveyron réunit plus d’une des caractéristiques de la difficile installation de l’instruction primaire dans notre pays, notamment en zone rurale.
Ainsi, le 8 juin 1834, stimulé sans doute par la récente loi du ministre Guizot, le maire de Laveyron se plaint auprès du préfet du manque d’école dans son village. Il ne va cependant pas jusqu’à demander une ouverture mais l’installation du maître près de l’église de Beausemblant "le centre, écrit-il des 3 communes (Laveyron, Beausemblant, Mollard) cela serait plus utile pour nos enfants qui auraient moins de chemin à parcourir soit en hiver soit en été". On peut dire qu’ici comme ailleurs les problèmes de trajets effectués par les enfants sont au coeur des débats. Laveyron supportera de plus en plus mal de voir sa jeunesse aller s’instruire à St Vallier ou chez les Frères de Beausemblant. Le 8 juin 1848 est officiellement installé l’instituteur Joseph Pinet. Celui-ci déplore l’état misérable de son école. Il s’adresse directement au préfet le 10 décembre 1846 : "la commune étant pauvre, peu peuplée, isolée, sans église, trop près de St Vallier, leurs enfants se rendent chez les frères comme ne leur coûtant rien". Le maire Joseph Vallernaud mêle sa voix à la sienne et demande au même préfet la nomination d’un commissaire pour "vérifier les lieux et dire l’endroit le plus convenable pour ladite maison d’école". C’est l’inspecteur primaire qui se charge de l’"expertise".Il constate le même dénuement du local. Il faut déménager. "J’ai reconnu avec M. le maire que la position la plus favorable pour l’établissement se trouve entre les sections de la Croix de Mailles, de Chamblain et Laveyron proprement dit. Cet emplacement parfaitement au centre de la commune et d’un accès très facile, a une valeur d’environ 600F. Indépendamment du bâtiment, il y aurait une cour de récréation pour les élèves et un jardin pour l’instituteur. M. le maire m’a promis de charger M. Tracol de dresser le plan et le devis des constructions, et de soumettre prochainement le tout au conseil municipal."
Situation paradoxale, car l’instituteur déplore de n’avoir pas d’élèves. Cet état est propre à cette période où la demande de scolarisation de la part des parents est faible. Peu persuadés des "bienfaits de l’instruction", les enfants apportent dans les fermes un appoint de travail non négligeable. Peut être aussi l’hémorragie scolaire vers Saint Vallier et Beausemblant se poursuit-elle ? Le maire cependant veut son école. Les lettres s’additionnent et s’échangent entre le Ministère de l’instruction publique via le préfet et l’Inspection Académique. Habilement il demande même s’il peut affecter les 3610 F de la vente de biens communaux à l’emploi d’ouvriers locaux à la construction de l’école. "Le cocon se vend mal et la vigne a été ravagée par la grêle... On pourra y travailler l’hiver vu que le sol de la dite maison projetée sur une pièce de terre appartenant au citoyen Brunet, est en général sur le rocher". Le plan est approuvé le 7 novembre 1849 et les travaux achevés en juin 1851. Laveyron a désormais son école.
2- Une difficile période de transition les années 1860-1880
Dix années après l’ouverture, cette école ferme faute d’élèves. Le maire ne s’en inquiète pas trop, il écrit au préfet le 2 août 1861 : "L’institutrice de la commune de Laveyron étant promue à un nouvel emploi, l’école va se trouver abandonnée. Cette école ayant très peu d’importance et la rétribution scolaire étant minime, l’état est obligé de venir à son aide. Les Frères de la commune de Beausemblant demanderaient à ce que cette école fut supprimée pour être réunie à la leur. Je prie Monsieur le préfet de vouloir bien donner son avis et m’autoriser en même temps à assembler le Conseil Municipal afin de délibérer. " L’école restera fermée. Un an plus tard, le maire poussé par une pétition demande la réouverture. La réponse de l’Inspection Académique est cinglante : "Les raisons invoquées par les pétitionnaires pour demander la nomination d’un instituteur à Laveyron. ne sont pas recevables. Les habitants de cette commune sont mal venus aujourd’hui de venir demander la réouverture d’une école qu’ils n’ont pas soutenue alors qu’elle était dirigée par une institutrice de mérite. Tous leurs enfants allaient alors à l’école de Beausemblant ; pourquoi ne continuent-ils pas de le faire ? L’école de Laveyron est une école à supprimer purement et simplement."
L’interruption sera brève mais ce sera avec les instituteurs que les problèmes vont s’accumuler. Leur tâche n’est pas simple. Sous la tutelle directe du maire, l’instituteur mal logé, mal payé doit effectuer des travaux auxiliaires (secrétaire de mairie, bedeau) pour boucler le mois. Il n’est à l’abri ni des cabales politiques ni de l’ordre moral ambiant. Quelques exemples : Le premier en 1865 où le maire demande le maintien de l’instituteur Servet. Réponse du préfet le 11 septembre 1865. " Par vos lettres du 30 juillet et du 19 octobre vous m’avez fait l’honneur de me demander le maintien du sieur Servet comme instituteur à Laveyron. Je regrette que les renseignements que Monsieur l’Inspecteur d’Académie m’a fourni ne me permettent pas d’accueillir favorablement votre demande. En effet, il résulte du rapport de ce chef de service que cet instituteur a manqué à son devoir avant de se marier car sa femme s’est accouchée d’un enfant qui promet de vivre au bout de 6 mois de mariage seulement. Ce fait qui a produit à Laveyron une sorte de scandale ne peut avoir que de mauvais effets et le sieur Servet ne pourrait obtenir la confiance des familles de la commune." L’instituteur Servet sera déplacé. Déplacé aussi l’instituteur Rey accusé par le maire de nonchalance et de méchanceté. Le 30 septembre 1876 sous la menace d’une démission municipale, l’inspecteur éloigne Monsieur Rey. Même sort pour l’instituteur Blanc qui en 1893 est victime d’une cabale électorale. En plein guerre scolaire, en 1900, l’instituteur Guillon est soutenu par le camp des républicains contre le maire. Extrait d’une pétition en sa faveur : "Monsieur Guillon est arrivé il y a 7 ans, l’école ne comptait que 5 à 7 élèves, il y en a 27 aujourd’hui. Le maire est pour les cléricaux car il a demandé le vote d’une subvention aux congréganistes de Beausemblant".
3-La belle époque en 1880
Bon an, mal an, l’école fait sa place. Il y encore tant à faire ! Le maire Maisonnasse demande au préfet l’autorisation de creuser un puits (1878) car "la maison d’école étant isolée, l’instituteur est obligé d’aller chercher son eau à une distance assez éloignée. Le Conseil Municipal désirant parer à cet inconvénient et prévoyant le cas où un jour l’instituteur serait en mésintelligence avec la personne qui lui fournit l’eau, me charge de vous prier de vouloir bien nous accorder la permission que j’ai l’honneur de vous demander". En 1882 les dépenses municipales pour l’école s’élèvent à 113 F sur une dépense totale de 1929 F. Des travaux sont entrepris pour améliorer les lieux (plancher, vide sanitaire). L’Etat paie la moitié des frais. En mai 1883 on décide de créer une école de filles (délibération du CM 7/02/1883). L’Inspection Académique est d’accord si l’on construit un local convenable. Le Conseil Municipal confie à Monsieur Long, ingénieur à Saint Vallier, la conception d’un groupe scolaire. Coût 13000 F. Le Conseil Municipal vote un emprunt de 3000F à la caisse des Ecoles et une imposition de 120 F renouvelable pendant 30 ans pour servir de remboursement du capital et des intérêts dudit emprunt. Mais en 1886, on parle encore de l’emprunt à contracter au Crédit Foncier de France. C’est en 1889 que la commune est autorisée à contracter l’emprunt. 79 % de la dépense étant subventionné par l’état. Alors qu’on est en plein chantier et que l’institutrice est provisoirement installée à la mairie. L’état suspend en 1892 son salaire : la commune passant en dessous de 500 habitants (453), l’école de filles au terme de la loi (du 30 08 1886) est facultative. La commission départementale du Conseil général s’inquiète : "La commune de Laveyron va se trouver dans un embarras terrible car ne pouvant assurer le traitement de l’institutrice, il va falloir fermer cette école qui nous a donné tant de mal à créer et dont les bâtiments nouvellement construits ne sont pas encore reçus. Au point de vue politique en particulier c’est une bien mauvaise affaire qui arrive à cette pauvre et vaillante commune, juste à la veille des élections municipales. C’est faire le jeu entier de la réaction des cléricaux et de tous les ennemis de la république" Le ministre se laissera fléchir et l’institutrice sera payée !
Dernière date, en pleine tourmente : 1916. Les deux écoles (garçons et filles) sont transformées en école mixte à classe unique, "instal1ée dans le local actuel des filles". En effet, problème récurrent à Laveyron à cette époque et depuis le 19ème siècle : les 2 écoles n’ont compté de 1911 à 1916 que de 34 à 26 élèves inscrits et de 30 à 22 élèves présents.
Source : archives départementales
